Instruments et symbolisme de la musique traditionnelle au Burkina

05/12/2017

La musique traditionnelle au Burkina constitue un élément extrêmement important de l’expression culturelle, aussi bien récréative que comme code de communication avec le sacré ou le profane. Suivant les techniques d’utilisations et les sonorités, les instruments de musique sont regroupés en quatre familles : les membranophones, les idiophones, les aérophones et les cordophones.

 

 

Les différents instruments de musique traditionnelle au Burkina

 

Dans la famille des membranophones, le son est produit par une membrane (en l’occurrence une peau tendue sur un cadre) sur laquelle on tape soit à la main soit à l’aide d’un morceau de bois. Il s’agit des différents types de tambours, du « bendré » chez les Mossé, du djembé, etc. C’est la famille d’instruments de musique la plus nombreuse, répandue dans tout le pays.

 

Les idiophones sont les instruments qui donnent un son à partir d’eux-mêmes, lors d’un impact soit d’un instrument extérieur (une baguette par exemple) soit par une autre partie de l’instrument lui-même. On y trouve aussi bien les balafons, les xylophones que les petites percussions : grelots, castagnettes, hochets, clochettes, etc. qui se retrouvent dans la plupart des régions du Burkina.

 

La famille des aérophones, quant à elle, regroupe tous les instruments dans lesquels il faut souffler pour provoquer un son. On y trouve tous les sifflets, les flûtes, les cornes, les trompes... Ces instruments sont également présents sur tout le territoire.

Enfin, les cordophones formés par tous les instruments à cordes (cordes frappées, pincées ou frottées). À l’origine, ces cordes sont fabriquées avec des roseaux ou des nervures de Néré ou même du crin de cheval. Il existe plusieurs variantes à travers le pays.

 

Symbolisme de la musique traditionnelle

 

La musique traditionnelle au Burkina constitue un élément extrêmement important de l’expression culturelle, aussi bien récréative que comme code de communication avec le sacré ou le profane. Dans chaque registre, plusieurs morceaux différents peuvent être exécutés, parmi lesquels on choisit ceux qui s’adaptent le mieux au contexte dans lequel ils sont interprétés.

Chaque expression sonore rythmée est accompagnée par la danse, et la musique trouve sa plénitude quand elle est associée à celle-ci. Revêtue de cette dimension, elle est exécutée lors des cérémonies funéraires pour souligner le statut de grands initiés des défunts les plus âgés, des rites et autres cérémonies sociales telles que la naissance, le mariage, la fin des récoltes, etc.

 

 

La musique traditionnelle de chaque groupe ethnique a une histoire mais aussi liée à l’histoire de ces hommes. Elle joue aussi le rôle de communication d’autant plus qu’elle permet de transmettre des messages et/ou de briser les tensions latentes qui peuvent exister entre les populations.

 

Fonctions de quelques instruments et musiques traditionnelles

 

Il faut dire que dans la plupart des sociétés à oralité, la chanson et les instruments de musique ont toujours joué un rôle fondamental. Ainsi donc, des instruments identiques existent dans différentes ethnies au Burkina, mais suivant celles-ci, ils peuvent changer totalement de fonction.

Parmi les instruments à percussion membranophones, on rencontre le djembé utilisé par plusieurs ethnies de l’Ouest du Burkina. Tambour en bois et peau, il comporte de nombreuses variantes. Il est joué, à l’origine, à pleines mains pour accompagner des faits sociaux très précis tels que les mariages, les baptêmes, les circoncisions, les récoltes, etc. Ceci avec des rythmes particuliers et propres à chaque occasion et chaque groupe ethnique.

Le tambour-calebasse ou « bendré » chez les Moosé est formé d’une grosse calebasse recouverte d’une peau d’animal et cerclé de lanières. Il est utilisé également chez les Gourounsi, les Bissa et d’autres ethnies du Centre-est et de l’Est à l’occasion de différentes cérémonies, certains tambours-calebasse possèdent des sonnailles en fer sous la calebasse.

D’une manière générale, le « bendré » est affilié au chef dans le royaume Moagha. C’est un instrument de cour, qui sert à rythmer les actes officiels. Attachés officiellement à une cour royale, les Yuumba et Benda, dépositaires de cet instrument, sont des compositeurs spécialisés d’une musique de cour hautement appréciée des dignitaires Moosé. Ce sont des musiciens exceptionnels, préposés exclusivement au service du pouvoir traditionnel dont ils sont aussi l’organe d’information officiel.

 

 

Chez les Gourounsi, le tambour-calebasse, rythme les sons et musiques des réjouissances populaires, des funérailles et des travaux champêtres. Associé à différentes flûtes, au tambour à aisselle et à un grand tambour, ces instruments sont utilisés pour galvaniser les cultivateurs à plus d'effort. Ils sont joués pour chanter les louanges du plus courageux au travail, ce qui inspire un esprit de compétitivité.

 

Quant à la danse elle est diversifiée mais souvent avec des similitudes sur l’ensemble du territoire. Chez les Lobi par exemple, les danses s’articulent presque exclusivement au son du xylophone et du tambour d’accompagnement au cours des cérémonies et des fêtes. Elles constituent pour eux un acte social fondamental de cohésion, qui dépasse le simple divertissement lors des cérémonies.

Leur danse consiste en une succession de petits bonds vers l’avant sur le rythme de la musique, à pieds joints ou non selon les registres ; les femmes avec un bras, d’habitude le droit, tendu à hauteur d’épaule et la main ouverte vers l’extérieur, les hommes avec les deux bras arqués près de la poitrine, comme pour montrer leurs muscles. Tout les danseurs effectuent avec la poitrine des mouvements forts, rapides et rythmés. Ce geste, avec lequel les femmes faisaient bouger leurs seins, au rythme de la musique, avant que les habits occidentaux ne se soient répandus, reste aujourd’hui un trait culturel unique qui persiste malgré les évolutions apportées par la modernité.

 

Quelques grands noms de la musique traditionnelle

 

Même si la musique traditionnelle au Burkina a du mal à assurer sa pérennité, dans cet univers, au-delà de l’aspect sacré ou initiatique, des artistes se sont constitués et rivalisent aussi bien sur scène que dans la vente de leurs œuvres avec des artistes d’autres variétés dites modernes. Au nombre de ces derniers on peut citer le chansonnier Issaka Ouédraogo dit « Zoug-nanzaguemda ».

Du haut de ses 33 ans de carrière il est l’artiste Burkinabè ayant enregistré le plus d’albums. À ses côtés gravitent d’autres chansonniers, non des moindres que sont Kisto Koimbré, les cantatrices Habibou Sawadogo, Hado Léontine Gorgo et bien d’autres.

La musique moderne ou classique ne manque pas non plus de s’inspirer de ces sonorités et artistes traditionnels. L’une des vedettes en la matière au Burkina est Bil Aka Kora avec sa « Djongo musique », basée essentiellement sur des rythmes du terroir gourounsi. Entre autres, on peut citer également Bonsa, Awa Boussim, Dicko Fils, Nouss Nabil, et d’autres, qui sont de réels vecteurs et porte-flambeaux des sonorités traditionnelles du Burkina.

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